Je lève un moment la tête. Il fait nuit et pourtant Paris est plus claire qu'en plein jour. Les étoiles brillent. Je me laisse aller un peu. Noël approche, plein de clichés et de vendeurs. Des sapins sont mis sur les balcons et des enfants font des anges dans la neige. Oui, un Noël plein de clichés donc... Je repense aux miens, passés il y a si longtemps. A mon dernier vrai Noël, quand j'avais 13 ans. Et après cette fête a perdu tout son sens et tant d'années plus tard, son sort ne s'est pas amélioré. Je repense à tout ce papier déchiré, tous ces cris de joie et tous ces baisers distribués. A toutes ces larmes et toutes ces comédies pour avoir ce que je voulais sous le sapin. Les plats plus grands que la table, les repas très chers qu'on ne s'offre qu'une fois dans l'année.
"Merde!"
Ma maladresse me tire de toute cette nostalgie, je reviens sur Terre, j'ai renversé ma tasse de café. Tant pis. Je nettoie ma bêtise avant d'aller me doucher.
Je n'aime pas les soirs d'automne-hiver. Ils tombent si tôt et il fait trop froid pour sortir. Lorsque ces soirs noirs et froids arrivent, je deviens paranoïaque, je me sens trop seule dans mon grand appartement. Je marche à toute allure dans le couloir et allume les lampes au possible pour me sentir moins seule. Je mettrais bien aussi de la musique si je n'étais pas dans une résidence. Enfin, combien de personnes rêvent de vivre là où je vis?
De toute façon, je pars pour Londres dans une semaine. Je suis attachée de presse d'une grande entreprise et je dois organiser un évènementiel là haut. J'appréhende beaucoup, c'est la première fois que je m'occuppe d'un évènement international et qui plus est à l'étranger. Je suis revenue il y a à peine quatre ans d'Afrique où j'étais partie en bénévole et le retour a été très difficile. Mais j'ai réussi à me réintégrer. J'ai l'impression d'avoir mené une guerre. Je comprends pourquoi parfois dans les films de guerre on voit des soldats qui veulent rester au front "parce que c'est leur place". Après tout ce que j'ai vécu, j'en suis presque à prier pour avoir un cancer ou une autre infamie afin d'épargner une personne sur cette planète. Oui je fonctionne comme ça. Si j'ai cette maladie, alors quelqu'un ne l'a pas. C'est cette idée qui me fait tenir et garder le sourire là ou beaucoup baissent les bras.
C'est pour ça que j'ai réussi à m'offrir une place dans cette société. J'ai gravit les échelons. Et maintenant je peux appeler mes copines à l'improviste et leur dire "Venez, je vous emmène au resto!".
Je sors de la douche. Je réfléchis à ce que j'ai accompli jusque là tous les soirs sous l'eau bouillante qui me rougie le corps. Et puis je me regarde dans la glace. Et aujourd'hui?
J'ai 30 ans, je suis une femme de carrière, j'ai toujours fait ma vie avec des imprévus, je travaille à un haut poste, des tas de personnes me font confiance, je voyage beaucoup, je parle trois langues courament et j'ai toujours le même visage. Le temps ne m'a creusé que des rides de joie au coin des yeux. Je les aime bien ces rides, je n'ai pas peur de vieillir, au contraire. D'ailleurs, j'avais dit que je ne me marierai jamais et que je n'aurai jamais d'enfant: j'ai dit j'ai fait.
Je sors sur le pallier et je croise la voisine qui rentre. Une jeune femme qui sait ce qu'elle veut et que j'aime bien. Elle est seule et élève deux enfants avec beaucoup de courage. Je descends l'immeuble. J'ai de quoi être fière dans ma vie mais si je suis toujours insatisfaite, c'est que je n'aurais jamais ce courage de mettre un enfant au monde et puis je n'ai aucun instinct maternel, je n'en ai jamais eu sauf pour les soirées babysitting à dix euros de l'heure quand j'étais jeune. C'est triste à dire. J'ai vraiment trop d'amour à donner mais à un enfant, j'en suis incapable. Cet amour je l'ai donné pendant des années quand j'étais en Afrique et que j'aidais les gens dans le besoin. Et j'en ai encore pour eux, encore et toujours mais essayez de marquer "amour" sur un chèque de don et voyez si ça fonctionne...
J'ouvre ma voiture, une Mini noire avec un drapeau anglais dessiné sur le toit. Un coup de coeur. Je démarre. J'allume le poste et branche ma clé USB dessus. J'appelle Charlotte alors que je suis sur la route pour aller chez elle. Elle me donne la permission de venir.
Je monte les escaliers de son immeuble à toute vitesse. Je toque, elle m'ouvre. Here I am. Elle est avec son fils, je me joins à eux, profitant des derniers instants que je passe ici. Dès demain, un marathon d'une semaine commencera avant le départ pour Londres et un mois entier à courir partout. Mon copain m'attend déja là-haut mais je vais en laisser un deuxième à Paris aussi.
Dommage.
Mon avis: Très joli texte qui parle d'une jeune fille nostalgique qui n'a pas vu le temps qui passait. Elle a découvert les bons côtés et es inconvénients de l'autonomie!!! Cette histoire pourrait nous arriver aussi!Et vous, vous en pensez quoi?